Bayard Rustin, conseiller de confiance de Martin Luther King Jr. et organisateur en chef de la marche sur Washington de 1963, était une figure marquante de la lutte pour l’égalité raciale. Fait remarquable pour un homme de sa génération et de sa réputation publique, il était aussi ouvertement gay. Lorsque M. Rustin est décédé en 1987, les nécrologies ont minimisé ou éludé ce fait. Ce document, emblématique de cet effacement, ne faisait qu’une mention passagère de son homosexualité et décrivait indirectement le partenaire de longue date de M. Rustin comme son « assistant administratif et fils adoptif ».
Au cours de la décennie qui s’est écoulée depuis que le président Barack Obama lui a décerné à titre posthume la Médaille présidentielle de la liberté, la plus haute distinction civile du pays, on a assisté à un regain d’intérêt populaire pour la vie extraordinaire de M. Rustin. Il a été fréquemment invoqué lors des commémorations du 60e anniversaire de la marche le mois dernier et fera l’objet d’un long métrage produit par la société de Barack et Michelle Obama qui sortira plus tard cette année.
Alors que les souvenirs de M. Rustin évitaient autrefois la question de son orientation sexuelle, aujourd'hui, conformément à notre acceptation croissante des homosexuels et à notre conscience de la discrimination à laquelle ils ont été confrontés, de tels hommages sont susceptibles de la centrer. En juin dernier, par exemple, le PBS NewsHour a diffusé un segment pour le mois de la fierté intitulé « L’histoire de Bayard Rustin, leader ouvertement gay du mouvement des droits civiques ». D’autres éloges représentatifs célèbrent le « pacifiste gay socialiste qui a planifié la marche de 1963 sur Washington » et « le pacifiste gay noir au cœur de la marche sur Washington ».
M. Rustin est aujourd’hui souvent présenté comme un avatar de « l’intersectionnalité », un cadre théorique populaire parmi les progressistes qui met l’accent sur le rôle que jouent les identités dans l’aggravation de l’oppression contre les individus issus de groupes marginalisés. S'il est admirable que M. Rustin soit reconnu pour quelque chose qu'il n'a jamais nié (selon un associé, il « n'a jamais su qu'il y avait un placard dans lequel entrer »), ces hommages ignorent soigneusement un autre aspect de sa vie : comment, tout au long de sa vie ultérieure carrière, M. Rustin a remis en question à plusieurs reprises les orthodoxies progressistes.
M. Rustin, qui a été qualifié par le Times en 1969 de « stratège sans mouvement » et, à sa mort, d’« analyste sans base de pouvoir », ne se retrouverait très probablement pas moins sans abri politique s’il était en vie aujourd’hui. Universaliste qui estime qu’« il n’y a aucune possibilité pour les Noirs de progresser si nous mettons uniquement l’accent sur la race », il s’irrite du penchant actuel pour la politique identitaire. Un intégrationniste qui se moquait de la façon dont « Stokely Carmichael peut revenir aux États-Unis et ...
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